Vendredi 5 décembre 2008 5 05 /12 /2008 17:29
 

Le plan d'Hassan était tout con. Tellement con que ça pouvait marcher. Il avait eu le portable d'un des ânes. Ensuite, un coup de fil, soi-disant d'un gars de la ZUP sud. Une histoire bidon de pénurie, un « gars j'ai entendu dire que... » et voilà.

Le blaireau était ferré. Il croyait qu'il allait partir vers la ZUP sud arnaquer un débile avec son vieux shit. Il se trompait. Grave. Ce putain d'Azzedine à deux euros allait se retrouver dans une sacrée belle merde. Dans le cul.

Rasta était tout fou. Il kiffait grave la magouille. Il aurait du mal à patienter encore toute la soirée. Hassan était plus zen et voyait tout de loin. Comme d'habitude.

- J'ai préparé une cave. Pas loin de chez mes cousins. Vous entrez par la porte du bloc 20. Patronne, tu pourras pas le rater, c'est le bloc jaune, au bout de la rue. Ensuite, vous descendez et la cave est tout au fond à gauche. Personne à côté, personne au-dessus, sauf le local à vélo. Vous êtes tranquilles, même en pleine après-midi. Et mon cousin fera vaguement le guet devant. S'il y a la moindre embrouille, il vous sifflera. Pour le reste, c'est à vous d'improviser. Mais déconnez pas trop.

Je pensais à la ZUP sud. Un quartier presque aussi pourri que le nôtre.

- Hassan, t'es sûr qu'il vaut pas mieux les ramener dans le coin ?

- Non David. Bien au contraire. Personne ne fera le rapprochement avec la fusillade s'il leur arrive malheur là-bas. Au pire, les poulets penseront que c'est une arnaque de teuchi. Et basta, ils enquêteront pas plus loin.

J'étais assez d'accord avec Hassan. Sauf sur un point. Notre territoire, c'était les Mailles. Pas ce putain de quartier sud envahi de toxicos en manque. J'aimais pas ça, agir loin de mes bases.

- Ok Hassan. T'as fait du très bon boulot.

- Ouais... le plus dur reste à faire tu sais. Et n'oubliez pas. Vous avez rendez-vous à 15h. Pointez vous au moins une demi-heure en avance pour vous planquer. Et quand ces deux nases finiront par sortir de la caisse pour se dégourdir les jambes en vous attendant et en se demandant ce que les acheteurs peuvent bien foutre, vous aurez plus qu'à les braquer.

Je sentais l'adrénaline monter. Un truc de fou. Je voyais les deux petits cons. Putain de merde. Je pensais à Mouss. Fallait être sans pitié dans ce biz. Sinon, tu devenais un foutu lapin avec une meute de renards au cul.

Portable.

Le numéro d'Isabelle.

- Rasta man, roule un pet steup... j'arrive.

Je me planquai dans ma piaule. C'était Sarajevo là-dedans. Comme toujours.

- Allô ? Isabelle ?

- Salut. Tu vas bien ?

- Et toi ?

- Crevée. Enfin, comme après une journée de boulot.

Après avoir échangé des banalités, elle me proposa de passer chez elle. J'avais rien de mieux à faire, mais je pensais à notre mission.

- Tu ne réponds pas ?

- Ben si... j'aimerai vraiment venir te voir, mais ce soir je peux pas. Demain j'ai un truc très important. Et... il faut que je sois en forme.

Elle rigola au téléphone.

- Une mission ultra secrète j'imagine ?

- Ouais... un truc dans le style. Enfin, faut vraiment que je dorme en fait.

- Pas de soucis ma belle. Faut que je dorme aussi après tout... en plus ce week-end je bosse, je dois partir à un colloque d'entrepreneurs à la con.

- Si tu veux, on pourrait peut être se capter demain ?

C'est la première fois que je proposais quelque chose. Je luttais pour ne pas m'attacher et pour ne pas qu'elle s'attache, mais ça semblait mal parti.

- Avec plaisir... bon je vais te laisser, j'entends qu'il y a du monde derrière toi...

- Oh pas de problème... ça va.

- A demain alors ? Sans faute ?

- Sans faute. Je t'appelle dès que j'ai terminé

Au moment où j'allais raccrocher, elle m'arrêta.

- Je voulais juste te dire un truc...

J'attendais. En craignant le pire.

-... tu sais, tu me plais vraiment. Je suis très heureuse d'avoir fait ta connaissance.

- Merci Isabelle. Moi aussi je suis très heureuse. Je t'assure. Je suis pas très douée pour ce genre de discussion tu vois...

Elle ne répondit rien.

- Bonne soirée alors. Je t'embrasse.

- Bonne soirée Isabelle. Je te rappelle, promis.

Le salon était envahi d'une fumée âcre. Hassan se poilait comme un bossu. Rasta enrageait. Il perdait déjà par trois buts d'écart sur la Play. Un joint tout neuf était posé dans le cendrier.

- Vas-y patronne, c'est pour toi. On a déjà tué l'autre.

Putain de défoncés.

Hassan me regarda.

- Oh patronne... t'es toute rouge... émue peut être ?

Il pouffa.

- Oh ça va...

- Non ça ne va pas. Moi je l'ai jamais vue ta chérie. Tu pourrais au moins me la présenter. A moins que je ne sois pas assez bien pour elle.

Hassan se poilait, tout en lissant ses cheveux comme un abruti, la manette de la Play en mains.

- Ecoute Hassan, personne ne l'a vue et elle croit que je suis keuf. Tu veux un dessin ? Tu veux que l'invite ici ?

- Moi je l'ai vue.

Rasta man. Enfoiré. Putain, pouvait pas arrêter de fanfaronner ? Juste fermer sa gueule.

- Forcément. T'étais là le soir où...

- Rasta l'a vue et pas moi. Pas bon patronne... Presque je suis jaloux.

Les deux débiles.

- Vous pouvez pas arrêter tous les deux un peu ? De me chercher et tout ? On a des choses plus importantes sur le feu qu'une putain de coucherie non ?

Plus je m'énervais, plus ça les faisait rigoler.

- Oh patronne...tsssss... t'es amoureuse, reconnais-le, c'est tout.

- Non.

Ce non sonnait super faux. Un mensonge aussi gros que moi. Mais je l'avais dit tellement violemment que les deux lascars fermèrent leur gueule pour de bon.

- Désolée les gars... faut pas me chercher, je suis au taquet. Il y a Alexia qui part, le truc à faire...

Hassan hocha la tête.

- Bon je vais y aller... j'ai des commandes à honorer demain matin.

- T'as encore de l'argent ?

- Un bon paquet.

- Je vais à la banque demain. Faut que tu me dises si tu veux que je te crédite un compte.

- Ouais. Je t'appelle demain. Ou je passe.

Rasta hésitait à partir. Il roula un nouveau joint.

- Patronne, t'as le Sig ?

- Bien sûr. Chargé. J'ai vérifié.

- Qu'est ce qu'on emmène d'autre ? Moi je prends le 357, c'est prévu, mais sinon...

- Rien. On y va cash. On fera comme les keufs. Tu feras le méchant et moi la gentille.

Il éclata de rire.

- Ok, ça roule.

On fuma le cône. Les volutes de fumée montaient vers le plafond. Il y avait des zébrures, en souvenir du dernier dégât des eaux chez les deux toxicos d'au-dessus. Putain de bloc. Pourri.

- Et patronne...

- Quoi ?

- Je pensais à cette histoire de vacances, après... je pense que tu devrais proposer à Isabelle. Vous pourriez partir toutes les deux. Je sais pas, à Cannes ou un truc dans le genre. Dans un palace.

Quel âne ce David. Il avait des rêves de luxe et de grandeur. De belles bagnoles et de liasses. En même temps, c'était bien pour le fric qu'on se tapait le biz. Pas pour le plaisir. Parfois je me demandais ce que je foutais au milieu de tout ça.

La caillasse, je m'en foutais vraiment.

Mais au final, on était tous prisonniers du deal. La famille de Hassan pour commencer. Et des pans entiers des Mailles dépendaient de nous, même si pour pas mal de gars, c'était de l'argent de poche. Pas un vrai métier. On pouvait pas faire faillite. Sauf à foutre tout le monde dans une merde noire.

- Pour les vacances on verra man. Mais je croyais qu'on devait partir tous ensemble, comme prévu...

- Et alors ? T'aimes pas les imprévus ?

Rasta finit par décoller et je m'attardais quelques minutes sur les colonnes de compte. Saveljic avait pris une grosse quantité le mois de dernier. Je le soupçonnais d'arroser ailleurs qu'aux Mailles. Il prenait ses responsabilités. Et notamment celle de me payer même s'il se faisait carotter par des Turcs ou des bourges du centre qui voulaient se faire peur.

Par El - Publié dans : 6ème journée - Communauté : lesbienne
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